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Bullet journal de bord artistique – introduction

Cette période floue…

Si on faisait un petit bilan de la mi-année 2020, ça donnerait sans doute un truc du genre : une pandémie mondiale qui a bien fait flipper, mais en même temps pas si dangereuse que ça, mais bien contagieuse quand même et bien chiante, et qu’on sait pas trop bien soigner non plus, une période d’enfermement de 2 mois, une belle crise économique et sociale en perspective, qui touche de plein fouet la culture, les gens qui sont amputés de la moitié du visage à cause des masques et que tu ne peux plus toucher, un étouffement progressif à force de respirer toujours son propre air, sur fond de désastre écologique latent ou plus tant que ça…

dessin stylo noir, rose des vents

C’est la joie cette année 2020 ! Même si t’es pas des masses sensible ou angoissé, tu peux difficilement passer à côté et faire comme si de rien n’était. Et là, on n’aborde que le niveau social, car s’ajoute ensuite le niveau individuel. Pour peu que tu ais eu un proche victime de la saloperie de virus ou une dépression post-confinement, ou totalement autre chose, ça commence à devenir compliqué à gérer. Je t’annonce tout de suite cher lecteur, ça fait un moment que je n’ai pas réussi à écrire, cet article est un défouloir. Il n’en fallait pas moins pour que je passe au tutoiement.

Blocage de créativité

Depuis quelques temps, j’ai pour projet d’écrire un article intitulé « comment les artistes peuvent changer le monde ? ». Sujet qui a pris de l’ampleur pour déborder sur des questions comme « pourquoi faire de l’art », « quelle est la place de l’artiste dans la société ? », « l’art est-il nécessairement engagé ? » Une belle série d’articles en perspective… J’ai pleins d’idées, pleins de pistes, pleins d’approches différentes, mais c’est le marasme dans ma tête. Pas la maudite page blanche, c’est bien plus subtil que ça !

En général j’alimente mon esprit vorace avec tout et n’importe quoi, je laisse infuser et au bout d’un moment, paf, la soupe originelle finit par s’agréger, s’auto-organiser quand la masse d’informations devient critique et ça donne quelque chose. Mais parfois c’est très long. Et c’est peut-être là le grand problème de l’artiste, le rythme de la société est bien trop rapide comparativement. Dans la perspective de vouloir vivre de son art, il devient impératif aujourd’hui d’avoir une activité en ligne, c’est-à-dire publier régulièrement du contenu sur les réseaux sociaux, pour simplement exister.

Je pourrais être artiste ermite, m’insurger contre les GAFAM qui s’empiffrent de nos données personnelles ou simplement être fatiguée de publier toujours plus, comment je fais alors pour vivre ? Berkeley disait : « Etre c’est être perçu », cette citation est tellement vraie aujourd’hui, dans notre société de l’information. Sans exister sur les réseaux, pour faire ta petite place au milieu des téraoctets d’informations qui transitent chaque jour, difficile d’exister dans la vraie vie, car tu as besoin de vendre le fruit de ton travail pour pouvoir manger. Mais pour produire ton art il te faut du temps, que tu dois accorder au réseau pour exister. Exister et vivre, le grand paradoxe !

Une ancre dans la tempête

Cette période floue donc, le bordel, la tempête… Qu’est-ce qui te pousse à toujours te lever le matin, à tenir la barre de ton bateau, à t’ancrer dans le monde ? La question prend d’autant plus de sens aujourd’hui. Je ne sais pas si notre période est particulièrement plus incertaine qu’une autre. D’un côté nous n’avons jamais eu autant de connaissances qu’aujourd’hui, d’informations qui circulent, d’un autre, l’impression que nous sommes à la fin d’un système devient de plus en plus prégnante.

illustration stylo micron bateau ancre tempête

Par exemple, il est plutôt ironique qu’à notre époque, qui revendiquait il y a quelques semaines comme slogan « I can’t breathe », en référence aux dernières paroles de Georges Floyd, il faille se résoudre à étouffer derrière des masques, même dans la rue, car respirer le même air que ses congénères les mettraient en danger. Mais où est passé le sens aujourd’hui ? Plus que jamais la question de ce qui demeure stable dans la tempête, de notre ancre est fondamentale.

« Bas les masques ! », « abas les masques ! » Qui se cache derrière ce morceau de tissus qui dissimule la moitié de votre visage ? Heureusement que les yeux sont le miroir de l’âme, que l’on sourit avec les yeux. Mettons des lunettes de soleil et se serait la fin ! Je pense qu’écrire, encore plus dans ce contexte est un merveilleux exutoire, voire vital, n’ayons pas peur d’être excessif. Bref, j’encourage tout le monde à tenir un carnet, et le Bullet journal est selon moi un outil particulièrement intéressant.

Pourquoi un Bullet journal ?

J’avais déjà abordé la question du Bullet journal dans un précédent article sur le confinement. Je suis loin d’être une puriste de cette pratique, l’utilisant chaque jour,remplissant toutes les pages, utilisant toutes les techniques. Ce qui me plaît par contre, c’est que tu ne te retrouves pas seul sur un chemin semé d’embuches. Il y a une belle communauté qui suit, qui expérimente, qui donne des conseils et montre son travail. Mais aussi et surtout, l’approche est éminemment personnelle. Le but étant de te faire ton petit carnet d’expériences, d’expression et d’organisation.

Si l’organisation représente un bon prétexte à l’adoption du Bullet journal (calendrier, to-do list, trackers…), le plus intéressant pour moi c’est qu’il donne l’impulsion pour aller plus loin, faire des petits dessins, des collages, reporter des citations, écrire des trucs, mais surtout commencer à parler de soi. J’ai remarqué que souvent dans mes to-do list, je note à la fois des tâches quotidiennes et administratives, mais aussi des tâches plus personnelles qui représentent, au fond, mes aspirations de vie. Je suis sûre que je ne suis pas la seule…

On en revient à la question de l’ancre, c’est-à-dire, ce qui te maintient dans la tempête, te donne du sens, te pousse à te lever le matin. Il y a déjà les proches, c’est assez universel je pense, mais peut-être aussi ta mission de vie ou ta mission d’artiste. J’ai par exemple un ami qui a décidé d’écrire un livre. Il griffonne quelques lignes dans un carnet, chaque jour, invariablement ou presque, depuis 10 ans. Il a achevé la moitié du travail, autrement dit, il lui reste environ 10 ans encore. Ça semble incommensurable mais ça représente aussi un but concret pour encore une décennie au moins.

Je développerai plus en détails la pratique de Bullet journal dans le prochain article, ainsi que les questions de créativité, de perfectionnisme et de lâcher-prise.

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