J’ai découvert cette phrase sur une carte postale accrochée sur la porte des toilettes d’une amie, de sorte que les yeux des visiteurs ne peuvent manquer de tomber régulièrement sur ce joli mot d’esprit. La répétition fixant la notion, celui-ci me revient périodiquement en tête et notamment dans cette situation de crise et de pénurie de papier toilette.
Comment pouvons-nous garder notre hygiène mentale ? Je pense que l’humour est un excellent moyen de mettre de la distance et éviter de tomber dans des émotions trop intenses et délétères…
Une grande digression juste pour dire que je ne veux pas écrire un article trop sérieux quand même, il y a suffisamment de nouvelles anxiogènes et vous connaissez déjà la consigne, restez chez vous. Mille milliards de mille sabords de tonnerre de Brest !
J’ai décidé d’emprunter quelques jurons au Capitaine Haddock, pour bien ponctuer mon propos sans utiliser un langage plus fleuri et casser le sérieux de cet article. Je vous laisse le soin de les compter si le cœur vous en dit, pirate d’eau douce !
Alimenter son esprit
Je vais commencer par vous parler d’un livre dont le nom sonne comme un de ces moussaillons de malheur de manuels de développement personnel qui donnerait la recette du bonheur. Mais ne nous y trompons pas, le livre de Viktor E. Frankl, Découvrir un sens à sa vie avec la logothérapie, est d’une toute autre nature.
En effet, l’auteur, professeur de psychologie et psychiatrie à la faculté de médecine de Vienne, a développé une thérapie basée sur la recherche de sens et la dimension spirituelle de l’être humain. Ce qu’il y a d’intéressant c’est qu’il théorise son approche après l’observation de personnes en situation difficile voire extrême et il conclue que ceux qui s’en sortent le mieux sont ceux possédant une intense vie intérieure.
Que le grand Cric me croque si ce n’est pas une preuve de la nécessité de développer son univers psychique, simili-Martien à la graisse de cabestan ! Un plaidoyer pour développer son imagination et sa créativité, pour alimenter son esprit et rechercher du sens. KRRTCHMVRTZ…
Ça tombe bien, nous sommes en période de confinement et nous avons du temps pour emplir cet esprit vorace et désœuvré qui est le nôtre, combler ce « vide existentiel », ectoplasme à roulettes ! C’est le moment de regarder pleins de films et de séries, de jouer à des jeux, d’écouter de la musique, de lire. Alors comme beaucoup, je vais partager ma petite sélection.
Premièrement un livre, Trois hommes dans un bateau (sans parler du chien) de Jérôme K. Jérôme, publié en 1889, petit bijou d’humour anglais. L’histoire absurde de quatre amis se préparant à un voyage sur la Tamise, à lire, ne serait-ce que pour l’épisode du fromage ! Disponible gratuitement en ebook ou en livre audio. Je ne m’appesantirais pas sur les vertus de l’humour, mais il est à noter que le style de l’auteur inspira Terry Pratchett pour ses Chroniques du disque monde, autre petit bijou humoristique à la graisse de trombone à coulisse !
Une autre référence à vous proposer, un documentaire cette fois, Dernières nouvelles du Cosmos de Julie Bertucelli, qui raconte l’histoire et le processus créatif d’une jeune femme, Hélène Nicolas, alias Babouillec, poète et autiste, fascinée par les étoiles. N’ayant jamais appris à parler ou à lire, elle réussit pourtant, après 20 ans de silence enfermée dans son propre corps, à écrire à l’aide de lettres en carton disposées sur des feuilles, des textes d’une puissance surprenante.
Ultimatum dans l’oubli de l’être soi à soi en partance vers le voyage de l’autre. Embarquement de la pensée vogueuse vers les contrées nomades. Voyage infini sans contrat, ni passeport. Les frontières de la pensée flirtant avec l’insouciance d’être en perpétuel terrain d’expédition pour les penseurs. Cette indomptable, rebelle, apprivoisée, docile, icône de l’impossible, osera-t-elle créer son indépendance ?
Babouillec, Algorithme éponyme, p. 52
Apprendre, expérimenter, créer
L’une des premières choses que j’ai faîte après l’annonce du confinement, c’est une liste de tous mes futurs projets à entreprendre et réalisables en appartement, du genre écrire un livre, ou les trucs de bachi-bouzouk des Carpates que je rêverai d’apprendre. Une période propice, si le contexte vous le permet, ce qui est plus complexe avec des enfants, j’en conviens.
Internet propose actuellement pleins de promotions sur des formations en ligne, comme sur la plate-forme Udemy, qui propose un très large panel de cours. Question arts visuels, il peut être intéressant de revenir aux fondamentaux, les bases du dessin et la théorie des couleurs, nécessaires pour toutes les autres techniques plastiques. En cela les formations du site https://www.apprendre-a-dessiner.org/blog/ sont d’excellente qualité !
Selon moi, et c’était un peu l’objet de mon article sur la créativité selon Stephen King, à force d’alimenter son esprit, de le remplir, il faudra immanquablement que quelque chose en ressorte, s’exprime, bougre d’amiral de bateau-lavoir ! Quelque chose de forcement personnel, car passé par la moulinette de notre cerveau.
Néanmoins, on a toujours peur de ne pas faire assez bien, ne pas être assez original pour se lancer, et cela quel que soit son niveau. Nous l’avons tous rencontrée cette coloquinte à la graisse de hérisson de page blanche. Mais n’ayez crainte, les artistes ne manquent jamais de ressources pour faire redémarrer une machine un peu capée. Voici l’Ouxpo (Ouvroir d’X Potentiel), mouvement de recherche artistique du XXe siècle, où X désigne un domaine artistique, qui propose de développer de nouvelles formes de créations en imposant des contraintes volontaires .
Le plus populaire reste l’Oulipo (Ouvroir de Littérature Potentielle), qui suggère diverses contraintes d’écritures. Il est aussi possible de les inventer, comme écrire cet article à partir d’une liste prédéfinie d’expressions de notre cher Capitaine. Il existe aussi, quoique moins connu, l’Oumupo (Ouvroir de Musique Potentiel), qui propose des contraintes de composition musicale ou l’Oupeinpo (Ouvroir de Peinture Potentielle), mais ce dernier site est un peu ancien. Je ferai un article spécialement sur le sujet avec quelques propositions de contraintes ou sujets, en ces temps confinés.
Retour à soi
Cet article ne serait pas un bon manuel de survie si je n’abordais pas les questions plus délicates liées au confinement. Cette période est difficile à bien des niveaux, en particulier pour les malades et leur famille, les soignants et tous les professionnels qui assurent nos besoins vitaux, dont je salue le courage. Mais vivre cette période d’angoisse insidieuse et d’enfermement peut à terme avoir un impact traumatique, selon les conditions, loin d’être négligeable sur l’ensemble de la société.
Je n’ai pas la prétention ni les compétences pour expliquer comment mieux vivre cette épreuve, néanmoins je pense qu’il y a des choses intéressantes à creuser du côté de l’art thérapie. Il y a tellement d’exemple où l’écriture, la peinture ont été des moyens d’expressions privilégiés pour aider à la survie psychique : l’Art brut (« art des fous et des marginaux » selon Jean Dubuffet) ou encore l’exposition des Manuscrits de l’extrême à la Bibliothèque National de France, à Paris.
Sans aller aussi loin et à défaut de trouver le sens de la vie, l’alignement de ses planètes intérieures ou la révélation transcendantale, il existe quelques activités que vous connaissez probablement et qui peuvent détendre comme faire des coloriages, des mandalas ou des zentangles. (Commencez de préférence par des petites surfaces, j’ai vu trop grand avec celui-ci, il m’a pris un temps pas possible…) Pour approfondir le sujet, voici la chaine Youtube d’Emily Hawkes, Art-thérapeute, psycho-praticienne, qui propose de nombreuses réflexions et exercices inspirants.
Pour trouver la révélation transcendantale il y a aussi la philosophie, si par malheur l’art n’est pas votre truc et que vous êtes tombé ici par hasard… Ayant fait des études de philo, je suis obligée de l’aborder, parce que nous avons du temps et surtout parce que cette situation est inédite dans notre société et qu’il faut y réfléchir. Je vous conseille vivement de regarder les live du philosophe Vincent Cespédès. Intitulées PhiloCovid, ces vidéos invitent à prendre de la hauteur et trouver de nouveaux concepts pour penser cette crise et surtout le « Après ».
Pour conclure
Puisqu’il faut bien conclure ce long article, je terminerai sur une note plus positive avec cette expérience sociologique de l’anthropologue Santiago Genovés dans les années 1970. Que le diable m’étripatouille, cette expérience à tous les ingrédients d’un grand mythe, selon les dires de Marcus Lindeen réalisateur du documentaire The Raft, qui enquête, 43 ans plus tard sur cette étrange histoire.
Il y a d’abord un scientifique un peu atypique qui a pour projet d’étudier les causes de la violence et de l’attraction sexuelle en soumettant des individus à des conditions extrêmes, propices selon lui à générer du conflit. Ainsi, six femmes et quatre hommes, jeunes et séduisants, plus Santiago Genovés lui-même, d’origines, de religions et de milieux sociaux variés, se retrouvent confinés pour un voyage de 101 jours sur le radeau Acali laissé à la dérive dans l’océan Atlantique.
Mais l’expérience ne s’est pas déroulée comme prévue. Contre toute attente, alors que l’anthropologue avait imaginé de nombreux scénarios pour alimenter une tension constante et provoquer de l’aggressivité, le groupe commença à s’entraider et tisser des liens, Genovés finissant par devenir à l’inverse leur principal problème…
L’espoir est donc encore possible, l’homme dans les situations de tensions ne devient pas nécessairement un loup. Gardons donc notre calme, notre sens de l’humour, faisons de l’art et de la philo, bougre d’ectoplasme de moule à gaufres !
4 réflexions sur “Petit manuel de survie (artistique) en temps de confinement”
Article intéressant, C est une bouffée d air frais dans les remues ménages d internet. En effet les artistes peuvent prendre ce temps pour créer sans être polluer par l extérieur, ce qui peut être tirer en positif. Bon courage à tous et encore merci à l auteur pour ces références.
Merci beaucoup, si ça a pu vous donner quelques références ou vous faire sourire, c’est tout ce que je recherche !
Excellent article, délicieusement rédigé ! Grand bravo!
Merci Diane. C’est minutieux et attentionné.