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Bilan de fin d’année et bonnes résolutions : d’autres perspectives

Pour commencer, je vous souhaite une bonne année 2025 ! Cela fait un moment que je n’ai pas publié sur ce blog, mais avec cette nouvelle année qui commence, pourquoi ne pas le relancer avec un petit article sur les bilans de fin d’année et les bonnes résolutions de 1er Janvier, comme au hasard reprendre l’écriture d’articles de blog !

J’avais commencé par rechercher des questions pour m’aider pour faire mon propre bilan, pour cela Pinterest est une mine d’or pour compiler notamment ce genre de listes de beaucoup de sources différentes. S’il y avait certes des questions intéressantes, je trouvais souvent qu’il manquait quelque chose, que ces questions passaient à côté d’un aspect important et qu’elles étaient insuffisantes pour représenter l’ensemble de ce que j’avais pu vivre au cours de l’année passée.

J’ai aussi refait des petites recherches pour trouver des idées de bonnes résolutions, plus par jeu cette fois-ci et les résultats ne m’ont pas déçue. Je dirais plutôt qu’ils m’ont plutôt agacé dans beaucoup de cas, dans cette perspective de devenir cette « meilleure version de soi-même » en préconisant un ensemble d’actions, de prescriptions ou d’interdits que je ne vois même pas comment agencer matériellement dans un emploi du temps. Bref, j’ai donc eu envie de faire cet article pour envisager d’autres perspectives.

Commencer 2025 avec un bilan de fin d'année et des bonnes résolutions ?

Quelques (autres) questions pour votre bilan de fin d’année

La plupart des questions que j’ai trouvées restent à mon sens un peu trop convenues et trop focalisées sur soi : qu’ai-je accompli cette année, qu’ai-je raté ? Bien qu’intéressantes, puisqu’il s’agit de notre bilan de fin d’année personnel, elles négligent souvent que nous évoluons dans un contexte culturel, historique, politique spécifique qui influence nos choix et nos expériences, qui nous donne des opportunités ou qui les limite. Nous ne vivons pas hors-sol, coupés du reste du monde.

Beaucoup de ces questions donnent cette illusion que nos joies, nos peines, nos réussites et nos échecs dépendent principalement de nous. Ce qui est juste faux, nous sommes malheureusement beaucoup plus limités et beaucoup moins libres que ce que l’on nous fait croire. Tout ne dépend pas de la force de notre mérite ou de notre volonté, ce qui à l’inverse ajoute une pression énorme sur nos épaules.

Je vous propose donc, pour compléter, quelques autres questions qui placent le curseur à une échelle un peu plus sociale et sociétale et plus seulement individuelle.

  • Qu’est-ce qui s’est passé dans mon pays ou dans le monde cette année qui m’a affecté, directement ou indirectement et pourquoi ? Cela peut concerner des événements politiques, écologiques, économiques ou culturels.
  • Quels sont les problèmes qui m’affectent et face auxquels je me sens impuissant(e) ? Est-ce une impuissance réelle ou est-ce qu’il me manque des connaissances, des compétences ou de l’expérience pour y faire face ?
  • Si je suis impuissant(e) face à ces choses à titre individuel, est-ce qu’elles peuvent se résoudre de manière collective ? Si oui, comment et à quelle échelle : locale, nationale ou internationale ?
  • Quel est mon rapport au collectif ? Est-ce que je m’implique dans des groupes, des associations ou des causes ? Qu’est-ce que cela m’apporte en termes de satisfaction et de lien social ?
  • Quels événements marquants, positifs comme négatifs, me sont arrivés cette année ? Dépendent-ils seulement de moi ou ont-ils été impactés par mon entourage mais aussi le contexte et la société dans laquelle je vis ? Quels enseignements puis-je en tirer ?
  • Quel est votre plus grand accomplissement personnel cette année ? Et collectif ?

Replacer son expérience personnelle dans un cadre collectif me semble plus intéressant pour comprendre nos interactions avec le monde et d’élargir nos perspectives. Dans la mesure où il devient difficile de nier la dégradation générale de l’état du monde, il est peu probable que cela nous glisse simplement sur les plumes sans aucun impact sur notre vie ou notre psyché. Il est préférable je pense d’en prendre vraiment conscience et de l’accepter plutôt que de s’enfermer dans un petit cocon trop confortable et imperméable.

Bonnes résolutions ou pas ?

Pour ce qui est des bonnes résolutions de cette nouvelle année, on peut retrouver les classiques : passer plus de temps avec ses proches, manger mieux, dormir plus, lire plus, faire plus de sport, passer moins de temps sur les réseaux sociaux, aller plus au cinéma, au musée, faire de la méditation, voyager, apprendre une nouvelle compétence, commencer un journal intime… Complétez ou adaptez comme vous le voulez ! Quand je regarde cette liste, je suis déjà fatiguée. J’ignore comment faire tenir matériellement toutes ses résolutions dans une semaine ou un mois avec toutes les autres contraintes de nos vies.

Donc je ne discuterai pas ici de moyens révolutionnaires de tenir tous nos engagements, si vraiment je les connaissais ma vie en serait vraiment transformée ! Mais commençons déjà par nous demander si ces résolutions nous tiennent vraiment à cœur ou s’il s’agit de correspondre à un idéal social extérieur, donc une pression supplémentaire. Les réseaux sociaux et les médias en général sont une source inépuisable d’injonctions, car il est absolument fondamental d’exhiber son corps de rêve avec le bikini tendance de l’été dans le carré VIP d’une plage d’Ibiza. Après, je ne nie pas l’importance d’avoir une alimentation saine, de bien dormir et de faire une activité physique ou encore d’arrêter de fumer, mais il y a peut-être une raison pour laquelle changer ces habitudes de vie est si compliqué. Admettons que votre travail soit un calvaire en ce moment, avec une montagne d’heures supplémentaires et un niveau de stress inégalé, vous n’aurez peut-être pas la patience de préparer de bons petits plats mijotés en rentrant chez vous le soir et peut-être que quelques cigarettes sont ce qui retient la barre de pression juste en dessous du seuil de non-retour.

A quoi occupe-t-on notre temps ?

Mais parlons plus concrètement de ces bonnes résolutions ou envies pour 2025 qui nous titillent néanmoins. Pour ma part ça serait dessiner plus, développer mes compétences à l’aquarelle et reprendre l’écriture de mon roman, et publier à nouveau sur mon blog, et commencer une newsletter et… et…

Bon, nos journées ne font que 24h avec idéalement 8h de dodo et 8h de boulot, donc il reste 8h par jour pour tout le reste, ce qui n’est pas si mal en soi. Mais, et je suis sûre que je ne suis pas la seule, j’ai beau avoir objectivement le temps de faire toutes ces activités précédemment citées, je ne les fais pas ou peu, je me sens bloquée.

Analysons alors plus en détail les tâches ou activités qui occupent ces 8h de temps « off ». Il y aurait selon moi quatre grandes catégories de tâches relatives aux types d’obligations qu’elles supposent, même si ces catégories sont sans doute plus poreuses que je ne l’expose ici :

  1. Obligations extérieures : qui nous obligent à divers degrés, que l’on n’apprécie pas nécessairement de faire, et pour lesquels on doit rendre des comptes à autrui avec des conséquences désagréables si on ne les fait pas. Il y a l’exemple classique de la déclaration d’impôt, ou encore celui d’emmener ses enfants à l’école, mais il y a des situations plus subtiles, comme ne pas suivre certaines conventions sociale au risque de se sentir exclu du groupe.
  2. Obligations internes : celles qui relèvent de notre propre responsabilité, mais qui représente des obligations au sens où ne pas les faire implique là-aussi des conséquences négatives, voire la dégradation d’une situation, comme régler un problème de santé, réparer une fuite d’eau ou simplement faire des courses.
  3. Les projets personnels : des aspirations qui nous tiennent à cœur, qui répondent à nos envies ou nos rêves, mais qui ne sont pas impératives, par exemple apprendre une nouvelle langue ou de la guitare. Il s’agit d’activités qui supposent des efforts et du temps dans la perspective d’une satisfaction à long terme, sans conséquences négatives si elles ne sont pas faites, à part peut-être pour l’estime de soi.
  4. Les activités de détente : des activités qui ne sont ni obligatoires ni coûteuses en énergie, des moments de répit pour se ressourcer, comme se promener, regarder une série, boire une boisson chaude. A noter que la notion d’effort pour une activité est relative d’une personne à l’autre, en fonction des périodes de sa vie. Une personne en état dépressif pourra considérer que sortir se balader est au-dessus de ses moyens, que même se lever de son lit est un effort incommensurable.

Analyser nos résolutions

Dans quelles catégories placeriez-vous vos résolutions ? Je dirais, dans la deuxième ou troisième catégorie principalement, car souvent il s’agit de tâches ou d’activités qui vont nous demander des efforts mais pour lesquels nous n’aurons pas de compte à rendre à autrui.

Pour la première catégorie, je rappelle, il faut que nous fassions attention que nos résolutions soient bien les nôtres et pas des injonctions extérieures parce que c’est trop cool de rentrer dans le moule. Si, après analyses de nos intentions profondes, elles entrent plutôt dans la première catégorie, il faudrait mieux les dégager car elles se traduiront plus par une lutte contre soi qu’un accomplissement réel.

Les résolutions relatives à la deuxième catégorie (ranger son “chez soi”, faire plus de sport, se défaire de relations toxiques…) représentent finalement des actions pour prendre soin de soi et les négliger peut avoir à termes des conséquences néfastes sur notre santé physique et mentale. De même, les résolutions apparentées à la troisième catégorie, les projets personnels, ont aussi une importance pour notre bien-être mental, car ce sont ces projets qui nous donnent du sens, qui sont susceptibles de nous épanouir. Malheureusement, ce sont ces types de résolutions que nous abandonnons le plus souvent car réaliser ces projets ou ces rêves est très difficile. Ils demandent souvent beaucoup de temps et il n’y a pas vraiment de mode d’emploi. Si c’était simple, on les réaliserait à la pelle et il n’y aurait pas de sujet ! Cette question sur “pourquoi il est si difficile de réaliser ces rêves” mérite qu’on s’y attarde un peu et fera l’objet d’un article dédié.

Mais pour avoir l’énergie de réaliser toutes ces résolutions, il faut que nous ménagions dans notre emploi du temps des activités de détente, notre quatrième catégorie. Et si cela peut sembler évident, c’est sans compter le spectre du capitalisme qui flotte encore au-dessus de nos têtes. Car le bougre ne nous lâchera pas comme ça, puisque nous vivons dans une société capitaliste qui balance des slogans du genre “le temps c’est de l’argent”, qui prônent la productivité et l’accomplissement de soi. Le temps passé doit absolument avoir une utilité. Ainsi, nous finissons par culpabiliser de ne rien faire, par s’en vouloir d’être fatigué et incapable d’accomplir nos projets, nos objectifs, nos bonnes résolutions. Vous imaginez la pression ! Peut-être faudrait-il alors rajouter dans nos to-do list : ne rien faire pendant 1 heure par jour ? Les siestes, c’est bien aussi. Et ne pas être en surcharge mentale tout le temps, ça peut déjà aider à nous redonner de l’énergie et de la motivation pour d’autres choses importantes plus tard.

bonnes résolutions : se reposer et ne rien faire, comme les chats
Sasha paressant sur un bébé couette

Une petite vidéo qui complète mon propos, ou enfonce le clou, c’est selon, sur le besoin d’avoir du temps vide et inutile !

D’autres pistes de réflexion

Ce genre d’exercices, bilan de fin d’année ou liste de bonnes résolutions, même si je suis plus crispée concernant la deuxième, présentent l’intérêt de prendre le temps de réfléchir sur soi-même et sur sa place dans le monde. Pas dans une perspective d’optimiser nos fonctionnements, d’améliorer nos réalisations d’une année sur l’autre, mais d’apprendre à se connaître vraiment, pour découvrir nos biais, nos déterminismes sociaux et intimes, nos peurs et ce que l’on veut vraiment.

En psychiatrie, il y a une notion intéressante, l’insight, que je résumerais brièvement par le fait de prendre conscience de son trouble. Je ne dis pas qu’au fond nous sommes tous malades sans vouloir l’admettre (quoique ne serions-nous pas tous un peu névrosés au fond, sinon psychotiques ou bipolaires ?), mais c’est cette capacité de regard sur soi, cette conscience qui m’intéresse ici, sans objectif autre que de mieux nous connaître, et non apprendre à être plus riche, plus beau, plus performant, plus heureux, mais apprendre à être plus soi !

A partir de ce regard un peu plus objectif sur qui nous sommes et sur comment nous allons en ce début d’année, on peut commencer à réfléchir sur ces 365 jours qui viennent (un peu moins puisque je suis en retard sur ce début d’année…) et alléger nos listes, évaluer ce qui est vraiment important et ce qui l’est moins, mais aussi repenser nos résolutions sur un mode collectif.

Il y a peut-être des choses que j’aimerais faire ou qu’il faudrait que je fasse pour prendre soin de moi, mais qui faites seules sont finalement insurmontables ou que je risque rapidement d’abandonner, alors qu’elles sont bien plus accessibles si je m’appuie sur le collectif. Se faire aider, comme entamer une thérapie pour arrêter de fumer, ou trouver un groupe de personnes avec les mêmes objectifs que vous, comme un groupe de peinture, peut être particulièrement efficace, si on laisse le temps au temps, plutôt que de se fustiger de ne pas réussir à faire les choses tout seul. Rome ne s’est pas faite en un jour à la force de ses seuls bras !

Par ailleurs, l’autre intérêt de décentrer son regard et de changer d’échelle, c’est-à-dire passer de la psychologie à la sociologie, nous rappelle que certaines problématiques que l’on pense profondément intimes sont souvent partagées par beaucoup de monde à l’échelle d’une société. C’est ce qu’Emile Durkheim avait montré en rédigeant son étude sociologique sur le suicide, expliquant que ce que l’on pourrait qualifier de tragédie intime dépend aussi de facteurs sociaux. Ainsi notre pouvoir d’action est limité dans beaucoup de domaines, même à un niveau psychologique, mais il augmente par le collectif. Et on aurait tort de l’oublier ! D’ailleurs, l’un des principaux facteurs qui protègent du suicide c’est le sentiment d’intégration dans un groupe, dans une société. Alors, en 2025, pourquoi ne pas commencer par se foutre un peu la paix et créer plus de lien avec notre entourage ? Pour le reste, on verra bien, il sera toujours temps de rallonger la liste en cours de route.

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