L’inspiration est une petite créature capricieuse, qui adore se cacher. M’est avis que son truc c’est le jeu et qu’elle disparaît dès que les choses deviennent trop sérieuses ! Mais quand on la débusque enfin, on peut passer des heures à s’amuser en perdant toute notion de temps, de fatigue, de faim, (voir le concept de Flow de Mihály Csíkszentmihályi en psychologie qui mériterait un article entier).
Alors qu’est-ce qui peut être moteur, qu’est-ce qui va nous mettre en mouvement, provoquer une interrogation, un désir, une excitation ? Je ne parle pas ici de désir sexuel, même si tenter de plaire ou séduire sont un moteur de création tout à fait éprouvée. Néanmoins, tout comme une rétribution financière ou une bonne appréciation, l’espérance de passer un « bon moment », sont des motivations externes.
Je vais plus m’intéresser à la motivation interne dans cet article, bien que la motivation externe n’a rien de condamnable, les contreparties sont disons plus incertaines. Combien de muses, combien de tentatives avortées, combien d’artistes maudits ? Car faire un joli dessin, écrire un poème, chanter une chanson, n’est pas toujours suffisant pour mettre quelqu’un dans son lit…
Les contraintes comme moteur
Si on y réfléchit, ce qui nous pousse à tourner la page d’un livre, regarder un nouvel épisode d’une série, à écouter la fin d’une anecdote, c’est la résolution de l’intrigue, de l’énigme, du mystère. Et de manière plus active, il peut être très stimulant, voire amusant, de chercher la solution d’un problème, dans la mesure où il n’y a peu d’enjeux et que nous avons toutes les ressources nécessaires pour y arriver s’il y a un vrai challenge.
Ainsi, face à l’injonction, simple et sans appel, de la page blanche : « Bah vas-y, crée un truc ! », avoir un sujet précis, quelques règles ou quelques contraintes peut s’avérer bien plus ludique. Avoir une série de mots limités pour inventer une histoire ou des archétypes imposés peut constituer un point de départ rassurant pour se lancer. Mais je pense, pour que cela devienne vraiment intéressant et « artistique » d’une certaine façon, il ne faut pas s’arrêter strictement à la règle. Il faut la dépasser, la déconstruire. Soyons subversif, trouvons la faille, la clé de l’énigme !
Pour vous donner un petit exemple, voici une des planches que j’ai présentées pour mon bac d’Arts-plastiques. Nous ne devions pas présenter de créations en volume, pas plus de 3 mm d’épaisseur par planche, sinon il fallait faire un montage photo. Mais j’ai un sale caractère et j’aime pas qu’on m’impose des trucs, aussi ai-je fabriqué, pour le sujet en question, des patrons de cube et de rectangles, avec des ouvertures pour figurer des maisons. En l’état et déplié, ma planche ne dépassait les 3 mm, mais j’avais la possibilité de remonter mon petit village en volume.
(La petite tentative de remontage de mon village s’est soldée par un échec à cause du petit monstre qui me sert de colocataire : « Le retour de Sashazilla »)
Quelques propositions de projets
Avant tout, je vais énoncer une petite limite à la réflexion de cet article. Si j’ai intitulé mon article « néo-Ouxpo » c’est que précisément, je ne vais pas suivre les principes du mouvement à la lettre. Il faut déjà considérer que les membres de l’Oulipo, à l’origine, et cela a été spécifiquement théorisé par Raimond Queneau, définissent des contraintes qui ne se basent pas sur le hasard, ce que je ne vais pas forcément suivre ici. Il s’agit surtout pour moi de prendre l’Ouxpo (outre mon affection pour ce mouvement) comme prétexte pour réfléchir à l’acte créatif.
Voici quelques idées d’illustrations ou exercices plutôt orientés que contraignant pour l’instant, pour se mettre dans le bain :
- Choisir un conte, une fable, une légende, un poème, une chanson et faire des illustrations de l’histoire (comme au XIXe siècle les artistes Edmond Dulac, Key Nielsen ou Arthur Rackam) ou encore imaginer un visuel pour une couverture de livre, d’une pochette d’album, d’une affiche de film.
- Faire des variations à partir d’une même image en testant différents matériaux (crayons de couleurs ou crayons graphites), techniques (hachures, trais estompés, lavis), palettes de couleurs (froides, chaudes, pastel, clair-obscur)…
- Faire des séries d’illustrations : représentations des saisons ou des éléments, cartes de jeu (exemple du Jeu de Marseille, détourné et redessiné par les surréalistes), cartes de tarots, signes du zodiaque, pièces de jeux d’échecs… Voici un exemple que j’ai réalisé en Mixed Média à partir de photos détournées en allégories des quatre éléments.
Un peu plus de contraintes…
Nous sommes dans une période, avec ce confinement, particulièrement propice à la contrainte. Par exemple, vous être peintre, vous n’avez plus de toile, de fusain ou d’acrylique, et trouver un magasin ouvert ou se faire livrer du matériel c’est tendu, ou du moins très long, qu’est-ce que vous faîte en attendant pour continuer à créer ? Ne pas avoir son matériel ou ses outils usuels ou encore ses conditions de créations habituelles peuvent avoir l’avantage de nous pousser à nous adapter.
Et dans cette perspective, j’ai décidé de mon côté d’essayer à la fois de réhabilité des vieux travaux ou croquis, du vieux matériel qui traine et certains types de déchets. Si comme moi vous avez cette fâcheuse tendance à ne rien jeter, c’est peut-être un bon moment pour tenter de faire quelque chose de tout ce « bordel » !
Voici par exemple quelques collages à partir de croquis récupérés dans les marges de mes carnets de note, associés à du papier de soie de boîte de chaussure et des morceaux de papiers cadeaux. Parallèlement, j’ai commencé un projet de réhabilitation et création de boîtes à trésors, en récupérant des boites d’emballage divers, de boites à bijoux jusqu’au boites à fromage, en mettant à l’intérieur des souvenirs de voyages, des croquis, des coquillages ou tout ce qui peut constituer un trésors. En outre, ça peut faire de chouettes cadeaux pour les proches, personnalisable à souhait ! Je vous montrerai des photos dans un futur article je pense.
Sortir de sa zone de confort
J’ai personnellement aussi utilisé cette période pour tester de nouvelles techniques et sujets dont je n’avais pas l’habitude, j’en avais parlé dans l’article précédent avec la réalisation d’un zentangle. Il fallait aussi que je trouve une occupation pendant les heures de réunion en télétravail. Avoir des crayons ou stylo et un carnet peuvent s’avérer salutaire dans ce genre de situation, et en plus ça n’empêche pas d’écouter !
Forte de cette première réalisation, qui m’a pris un temps pas possible, j’ai décidé de me rajouter une petite contrainte, et c’est là que ça devient intéressant, ce qui m’a pris encore plus de temps que le premier. La règle est la suivante, il s’agit aussi de délimiter des zones, mais au lieu de les remplir avec des motifs, l’idée est d’illustrer chacune avec des variations d’un même thème ou même sujet. Dans cet exemple j’ai choisi la déesse Hécate, qui dans la mythologie a de nombreuses représentations et symboles, donc assez de variations pour remplir toutes mes zones.
Par contre, cette contrainte représente plus un challenge que l’exercice initiale de détente du zentangle, objectif un peu dévoyé dans ce contexte, puisqu’il m’a poussé à dessiner des choses dont je n’avais pas l’habitude, à utiliser des modèles et faire des ébauches au crayon. Après je vous laisser trouver aussi quelques idées, de trouver des règles qui se jouent sur un jeu de dés, même si c’est parfaitement anti-oulipien. On pourrait imaginer qu’un premier jet définisse un nombre de couleurs, qu’un deuxième définisse un sujet à partir d’une liste et un troisième une technique ou un effet particulier.
3 réflexions sur “Jeux artistiques : projet « néo-ouxpo »”
Ton zentangle est vraiment magnifique :O
J’ai lu tous vos articles avec bonheur. Il y a une douceur et une intelligence lumineuse qui s’en émane.
C’est absolument adorable, merci beaucoup !